Les Grands Rapaces Pyrénéens

Les grands rapaces ont toujours été persécutés et n’ont trouvé de refuge que sur les terres les plus inaccessibles de la montagne, souvent la très haute montagne. Même la protection dont ils bénéficient depuis une vingtaine d’années ne les amène pas à recoloniser les plaines et les basses terres. Il est vrai que les activités humaines ne leur laissent qu’une place marginale dans une campagne aseptisée, entièrement vouée à l’agriculture intensive.

Les Pyrénées ont été le dernier refuge français de quelques espèces, tout en abritant aussi des rapaces connus dans les autres montagnes. C’est cette richesse que vise à conserver le Parc National des Pyrénées occidentales et les diverses réserves de faune disséminées le long de la chaîne.
Dans les années 70, juste avant la protection légale, le statut des rapaces en France était critique. Aujourd’hui, la plupart des oiseaux de proie de petite et moyenne taille ont recouvré un niveau démographique satisfaisant. Mais les grands rapaces sont plus sensibles encore aux perturbations et cataclysmes divers. L’âge tardif de leur maturité sexuelle, le faible nombre de jeunes par couple (souvent un petit sur deux années), la durée très longue de la période de reproduction (un an) et le grand nombre d’échecs à la reproduction ralentit le renouvellement des générations.

Gardons donc toujours un œil en l’air pour apercevoir parfois la silhouette furtive, ou au contraire bien en vue au milieu du ciel, d’un de ces grands rapaces dans son domaine.

Les sentiers de randonnée démarrent dans le piémont, parfois à proximité de falaises propices à la présence du Faucon pèlerin, par exemple sur les Quiés prés de Luzenac en Ariège. Il paraît surprenant de ranger le faucon parmi les « grands rapaces » mais les problèmes que cette espèce a connu lui ont valu une place de choix dans la liste mondiale des espèces menacées dans les années 70. Actuellement en expansion démographique, nous aurons peut être la chance d’apercevoir sa silhouette glisser le long des falaises vers Ax-les-Thermes.

Plus haut dans la montagne, au dessus de la forêt, nous sommes dans le domaine de l’isard. C’est là que nous pouvons aussi apercevoir l’Aigle royal. Quoique ne dédaignant pas les proies mortes, l’aigle est surtout un chasseur qui, dans les Alpes, est plus ou moins spécialisé dans la capture des marmottes. Certes, la marmotte a été introduite en plusieurs endroits et avec succès dans les Pyrénées. Mais sa présence n’est pas encore généralisée et les aigles doivent se contenter de proies plus petites : Écureuils, campagnols, taupes ou reptiles constituent leur ordinaire, l’occasion offrant parfois un oiseau ou un lièvre !

C’est sur les hauteurs que l’on verra aussi un petit vautour très peu connu du grand public : le Percnoptère d’Égypte. Ce petit charognard migrateur a disparu de nombreuses régions montagneuses où il était autrefois commun : Massif Central, Alpes du Sud, Alpilles…. Vivant en couples isolés les uns des autres, quelques oiseaux peuvent se retrouver sur des cadavres d’animaux ou des tas d’ordures ! Mais le Percnoptère est très opportuniste et peut manger à peu près n’importe quoi : depuis les œufs d’autruche en Afrique, cassés à l’aide de cailloux utilisés comme outils, jusqu’aux déjections de moutons ! Le Percnoptère

A la fonte des neiges, des cadavres d’animaux tués dans les avalanches de l’hiver apparaissent ici et là en haute montagne. C’est une aubaine pour les Vautours fauves qui les repèrent très vite lors de leurs pérégrinations incessantes sur toute la chaîne. Quand un vautour plonge vers un repas supposé, tous les autres, surveillant de loin en loin leurs congénères, convergent alors sur le secteur et c’est une troupe criarde qui nettoie la carcasse, ne laissant que les ossements les plus durs. Le comportement des vautours sur un cadavre reste social, réglé par des rapports de dominance temporaire : l’oiseau le plus affamé et le plus agressif se sert seul au cadavre, puis, son agressivité et sa faim s’émoussant, sa dominance tombe et un candidat plus agressif le remplace alors.
Pendant la curée des vautours, un grand oiseau plane souvent à une certaine distance et prend ses repères. Il n’est pas pressé et reviendra plus tard, souvent beaucoup plus tard. C’est le Gypaète barbu, le plus grand rapace de notre faune d’Europe. La particularité très frappante de cet oiseau est d’être un mangeur d’os ! Mais si notre oiseau est capable d’avaler rondement un sabot de vache, bien des ossements sont trop encombrants pour être avalés tels quels. L’oiseau les emporte alors dans ses serres et les lâche de plusieurs centaines de mètres d’altitude sur un lieu rocheux où il pourra récupérer les débris et les avaler sans peine !
Le Gypaète est (avec l’Aigle de Bonelli) le rapace le plus menacé de notre faune. Les couples disséminés le long de la chaîne pyrénéenne sont suivis avec assiduité depuis plus d’une vingtaine d’années et un programme de réintroduction est actuellement mené dans les Alpes.

Certes, il faudra beaucoup de chances pour voir tous ces oiseaux dans une seule balade en montagne, mais avec un peu de persévérance, tout le monde peut croiser un jour ces animaux de légende dans leur refuge pyrénéen.

LE GYPAÈTE BARBU : Gypaetus Barbatus

Taille :

C’est, avec le vautour, le plus grand rapace des Pyrénées : il peut atteindre 2,80 m d’envergure.

Poids :

6 à 7 kg.

Signe distinctif :

Sa « barbe » de poils noirs sous le bec, mais aussi son œil cerclé de rouge et ses pieds bleuâtres !

Reproduction :

Le gypaète barbu a un taux de reproduction très faible : moins d’un jeune par an, et surtout il ne se reproduit pas avant l’âge de cinq ans.

Nourriture :

Le gypaète barbu est un charognard original qui se nourrit exclusivement d’ossements. Pour les briser, il les lâche au-dessus des rochers.

Habitat :

Le gypaète construit une aire immense et cimentée de déjections sur les corniches les plus élevées.

Dans les Pyrénées :

Il se rencontre surtout en Aragon, où des ornithologues tentent un plan de sauvetage.

LE VAUTOUR FAUVE : Gyps fulvus

Taille :

Un mètre du bec à la queue, envergure des ailes : 242 à 280 cm.

Poids :

6 à 8 kg.

Signe distinctif :

Le Vautour fauve est aisément identifiable par son vol plané lent, sa queue proportionnellement plus courte que la largeur de l’aile et surtout la colerette de plumes blanches (brunes chez les jeunes) à la base de son cou.

Reproduction :

Les nids sont dissimulés dans des escarpements rocheux et broussailleux entre 350 et 1200 m d’altitude. Un œuf unique est pondu fin janvier. L’incubation dure en moyenne 52 jours. Les poussins volent au bout de 115 à 155 jours, et déserteront leur nid d’origine un à quatre mois plus tard.

Nourriture :

Ce grand rapace, véritable éboueur de la montagne, la débarrasse de ses charognes, vaches ou brebis mortes.
Pour alimenter les jeunes, l’adulte transporte la nourriture (jusqu’à 2,5 kg de viande !) dans son jabot, puis la régurgite dans l’aire.

Habitat :

Les falaises, où il construit un nid avec quelques brindilles et un peu d’herbes.

Dans les Pyrénées :

Ils vivent en colonies dans les falaises du Pays basque et d’Aragon. En Béarn, une réserve leur est consacrée. Les vautours fauves ont bien failli disparaître. Pour fixer certaines populations, l’homme les nourrit sur des charniers permanents. Le nombre de couples reproducteurs est passé de 61 en 1976 à plus de 200 en 1989. Il est estimé entre 270-285 couples en 1992.

LE VAUTOUR PERCNOPTÈRE ou Percnoptère d’Egypte : Neophron percnopterus

Taille :

environ 60 cm, pour une envergure de 1,60m à 1,70m.

Poids :

2 kg.

Signe distinctif :

Migrateur, le Percnoptère revient de ses quartiers d’hiver en Afrique centrale dès la mi-mars.

Reproduction :

De 1 à 3 œufs sont pondus par an. Les petits qui naissent en mai sont nourris pendant deux mois et demi. Puis ils quittent le nid pour un long voyage jusqu’en Afrique où ils resteront plusieurs années.

Nourriture :

Cadavres d’ovins et de bovins, à l’occasion lézards, rongeurs, œufs.

Habitat :

Espèce rupestre, le Percnoptère niche souvent dans un trou de paroi calcaire, aux abords immédiats d’une vallée et généralement à une altitude plus basse (entre 640 et 1500 m) que les estives où il chasse.

Dans les Pyrénées :

Les Pyrénées constituent la limite nord de la population espagnole de Percnoptères, la plus importante d’Europe. Le long du versant nord, l’espèce est présente des Pyrénées Occidentales à l’est de l’Ariège, mais absente dans l’Aude et les Pyrénées Orientales.
On compte 41 sites de reproduction sur le versant français et l’ensemble de la population pyrénéenne (versant nord et sud) est estimée à 250 couples.

Les arbres et arbustes : les plus significatifs des Pyrénées

Plus de 100 espèces d’arbres et d’arbustes constituent le manteau forestier des Pyrénées. Chaque espèce s’installe sur des versants aux caractéristiques différentes : altitude, exposition, nature du sol, pluviosité ou nébulosité.
Voici 14 espèces, significatives de milieux variés, et facilement repérables :

Au Hêtre sylvestre correspond l’étage montagnard, entre 800 et 1800 m environ, avec une humidité élevée, qui se condense en brouillards épais, bruines ou pluies. Indifférent à la nature du sol, le hêtre redoute les gelées tardives qui détruisent ses jeunes feuilles tendres et ses floraisons.
L’humus de son sous-bois héberge peu d’espèces là où les arbres sont denses.

Le Sapin pectiné peut associer sa haute et sombre silhouette à la hêtraie. Mais aussi constituer des peuplements purs, notamment aux ombrées les plus fraîches et à la limite supérieure de l’étage montagnard (1800 m environ). Également indifférent à la nature du sol, le sapin ménage sous son couvert un espace de pénombre et de silence.

A la même altitude que le sapin, mais sur le versant opposé et ensoleillé, abrité des vents humides et des neiges persistantes, le Pin sylvestre. Son feuillage glauque, porté par un fût écailleux et rutilant dans le haut, laisse filtrer jusqu’au sous-bois une douce lumière, favorisant une flore semblable à celles des landes et pelouses voisines.
Le Pin à crochets prend le relais dès que l’altitude rend les conditions de vie plus sévères. Il s’affirme à partir du haut de l’étage montagnard et règne sur l’étage subalpin entre 1800 et 2300 m. Ses peuplements, lâches en général, laissent aux autres végétaux toute la faculté de s’exprimer.

Parmi eux :
Le Rhododendron ferrugineux, prospère sur le sol acide des ombrées rocailleuses. Le manteau neigeux qui ensevelit ses rameaux s’attarde jusqu’au mois de juin protégeant les fragiles boutons des gelées tardives. Ses peuplements très denses peuvent constituer des landes entièrement fleuries de rose.
Le Saule des Pyrénées, sur sol calcaire, se cantonne dans les zones où les neiges de l’hiver persistent jusqu’au printemps. Il constitue des landines d’un vert grisâtre assez lâches, où s’expose toute la richesse de la flore calcicole d’altitude (notamment la Dryade à huit pétales).
Le Raisin d’ours : sur les versants ensoleillés, il s’adapte aussi bien aux rocailles calcaires qu’aux escarpements siliceux. Il supporte la disparition précoce de la neige, les écarts de température considérables entre le jour et la nuit et une sécheresse prolongée en été.

Le Genêt purgatif : aux rameaux érigés en massifs ou en landes très denses croît exclusivement en terrain siliceux sur les soulanes de la partie orientale de la chaîne. Ses floraisons jaunes lumineuses envahissent des pans entiers de montagne à la fin du printemps et au début de l’été.
Avec l’étage alpin, au-dessus de 2300-2400 m, la vie des végétaux ligneux s’étiole progressivement, même si quelques pins à crochets s’élèvent jusqu’à 2 600 m environ.

Certains arbres et arbustes s’installent cependant dans des dépressions où la neige s’accumule jusqu’en juillet. Sur le sol pierreux s’enchevêtrent des rameaux rampants qui constituent des micro-forêts de quelques centimètres de hauteur :

Parfois, l’altitude joue un moindre rôle dans la présence des espèces, essentiellement dictée par la nature du support, comme les parois, les éboulis ou les torrents.

  • sur les parois calcaires : le Chèvrefeuille des Pyrénées : son petit buisson solidement implanté dans les fissures de la roche éclaire, dès le mois de mai, les falaises vertigineuses de bouquets de fleurs blanches.
  • dans les éboulis : le Nerprun des Alpes. Ses branches, très souples sont plaquées au sol à la première coulée de neige. Elles échappent ainsi aux rabotages successifs des avalanches pendant la mauvaise saison.
  • au chevet des sources et aux berges des torrents d’altitude : le Saule bicolore dont les touffes, modestes ou érigées, jalonnent la course turbulente des eaux cristallines.

SAULE BICOLORE : Salix bicolor (plante endémique des Pyrénées)

Feuillage :

Feuilles vertes et luisantes sur le dessus, glauques-blanchâtres sur le dessous.

Fleurs :

Les chatons mâles sont oblongs à écailles velues.

Taille :

Jusqu’à 4 m.

Milieu :

Les bords des sources, des ruisseaux et des torrents.

Dans les Pyrénées :

Sur l’ensemble de la chaîne, aux étages montagnard et subalpin (de 1 400 à 2 300 m).

Plantes caractéristiques ou remarquables associées :

Saxifrage aquatique, Adénostyle à feuilles d’Alliaire, Valériane des Pyrénées, Vérâtre blanc, Impératoire Ostruthium, Laitue de Plumier, Laitue des Alpes…

NERPRUN DES ALPES : Rhamnus alpinus

Feuillage :

Les feuilles ovales, sont disposées en alternance sur le rameau. Chacune comporte 10 à 15 nervures parallèles de part et d’autre de la nervure centrale, saillantes sur le dessous de la feuille.

Fleurs :

Les fleurs sont verdâtres, disposées à l’aisselle des feuilles et s’épanouissent en mai-juin.

Fruits :

Les fruits, noirs à maturité, comportent un noyau.

Taille :

Jusqu’à 4 m.

Milieu :

Landes, bois clairs, fissures des rochers et couloirs d’avalanches : les rameaux souples du Nerprun des Alpes ploient sous les coulées et se redressent à la fonte des neiges.

Dans les Pyrénées :

Sur l’ensemble de la chaîne de l’étage collinéen (moins de 800 m) jusqu’à l’étage subalpin (1 900 m).

Plantes caractéristiques ou remarquables associées :

Bordéréa des Pyrénées, Pigamon à gros fruits, Renoncule à feuilles de Parnassie, Vesce argentée, Véronique nummulaire, Adonis des Pyrénées, Euphorbe petit-buis, Rumex à écussons…

CHÈVREFEUILLE DES PYRÉNÉES : Lonicera pirenaica (plante endémique des Pyrénées)

Feuillage :

Les feuilles sont petites, oblongues, vert glauque.

Fleurs :

Les fleurs sont d’un blanc crème rosé et odorantes. Réunies par paires, elles composent de ravissants bouquets qui s’épanouissent de mai à juillet.

Taille :

Arbrisseau d’environ 1 m

Milieu :

Le Chèvrefeuille des Pyrénées pousse dans les fissures de rochers calcaires.

Dans les Pyrénées :

A l’ouest et au centre de la chaîne, de l’étage collinéen (moins de 800 m) jusqu’à l’étage alpin (2 300 m).

Plantes caractéristiques ou remarquables associées :

Ramonde des Pyrénées, Saxifrage à longues feuilles, Pétrocoptis des Pyrénées, Globulaire rampante, Nerprun nain, Androsace hirsute, Campanule remarquable, Potentille Fausse-Alchémille, Kernère des rochers, Buplèvre anguleux…

SAULE RÉTICULÉ : Salix reticulata

Feuillage :

Arbre nain à port rampant. Les feuilles sont vertes sur le dessus, blanches soyeuses à nervures très saillantes sur le dessous.

Fleurs :

Le Saule réticulé, comme le Saule à feuilles rétuses, développent des chatons en juillet-août.

Taille :

Ces arbres nains, très souvent associés, forment des microforêts qui ne dépassent pas 5 cm de haut.

Milieu :

Les combes à neige, sur sol calcaire.

Dans les Pyrénées :

Sur l’ensemble de la chaîne, à l’étage alpin (de 2 200 à 3 000 m).
Plantes caractéristiques ou remarquables associées :
Renoncule des Alpes, Hutchinsie des Alpes, Epilobe à feuilles de Mouron

SAULE A FEUILLES RÉTUSES : Salix retusa

Feuillage :

Les rameaux tortueux se disposent en espalier à la surface du sol où ils s’accrochent par de petites racines. Les feuilles, vertes et luisantes sur les deux faces, de forme ovale, sont dites rétuses car elles sont légèrement échancrées dans le haut.

SAULE HERBACÉ : Salix herbacea

Feuillage :

Des tiges rampantes de cet arbre nain partent des rameaux minces et tortueux, portant 2 ou 3 feuilles arrondies.

Fleurs

Des chatons se développent en juillet-août.

Taille :

2 cm au dessus du sol, avec une croissance d’un dixième de millimètre par an.

Milieu :

Les combes à neige, sur sol siliceux.

Dans les Pyrénées :

Sur l’ensemble de la chaîne au-dessus de 2 500 m.

Plantes caractéristiques ou remarquables associées :

Cardamine des Alpes, Véronique des Alpes, Sédum alpestre, Gnaphale couché…